Stýská se mi po tobě‏

Mois

avril 2013

3 billets

« Il n’est pas seulement précieux que deux êtres se reconnaissent, il est essentiel qu’ils se rencontrent au bon moment et célèbrent ensemble de profondes et silencieuses fêtes qui les soudent dans leurs désirs pour qu’ils soient unis face aux orages. Combien de gens se seront-ils manqués pour n’avoir pas eu le temps de s’habituer l’un à l’autre? Avant que deux êtres aient le droit d’être malheureux ensemble, il leur faut avoir connu la félicité ensemble et en avoir en commun un souvenir sacré qui maintienne un même sourire sur leurs lèvres et une même nostalgie dans leurs âmes. »

Rainer Maria Rilke - Lettres à Lou-Andreas Salomé

Apr 27, 201311 notes
Apr 24, 20135 notes
Apr 10, 20131 note

mars 2013

7 billets

Mar 31, 20135 notes
Avoir une idée d’ombre

Avoir une idée d’ombre

et d’absolu pardon

comme l’Adolescent

qui voit la fin du monde

Errer dans l’océan du vide,

âme vagabonde

Devenir Ange noir

au dernier échelon

Avoir une idée d’ombre

et d’étreinte éternelle

au son du grand clocher,

au son d’un violon

Partir le soir venu,

et sans raisons

Quand l’égoût s’éclaircit,

au fond de la ruelle

Avoir une idée d’ombre,

s’évaporer au loin

comme une goutte acide

et devenir quelqu’un d’autre

Winston Perez

Mar 27, 2013

J’espère que mon cœur tiendra, sans craquelures

L’arbre est devant la maison, un géant dans le lumière d’automne. Vous êtes dans la maison, près de la fenêtre, vous lui tournez le dos. Vous ne vous retournez pas pour vérifier s’il est bien toujours là – on ne sait jamais avec ceux qu’on aime : vous négligez de les regarder un instant, et l’instant suivant ils ont disparu ou se sont assombris. Même les arbres ont leurs fugues, leurs humeurs infidèles. Mais celui-là, vous êtes sûr de lui, sûr de sa présence éclairante. Cet arbre est depuis peu de vos amis. Vous reconnaissez vos amis à ce qu’ils ne vous empêchent pas d’être seul, à ce qu’ils éclairent votre solitude sans l’interrompre. Oui, c’est à ça que vous reconnaissez l’amitié d’un homme, d’une femme ou d’un arbre comme celui-ci, gigantesque et discret.

…

Christian Bobin - L’inespérée

Mar 15, 20133 notes

Au sein de mille fureurs ordinaires

quand le tambour fait effort

quand la nuit tient les yeux

et met en bouche un goût de plomb

où trouver la forme humaine et pure

qui serait comme le corps

d’une femme insoumise?

il y a si peu de nous-mêmes

dans l’ailleurs silencieux d’une joie

pourquoi faut-il que nous suivions

chiens maigres

ces simulacres de fêtes

comme font dans les bars

les ombres passantes

qu’un vin assèche mieux que le sel?

on se défait de soi-même

comme d’une maladie

on a le geste vide du vent

dans la neige

poussière poussière sans possible

et nous rêvons gorge coupée

devant le chant muet des choses

car tout chante hors de nous

sous la syntaxe aisée des nuages

Jean-Pierre Siméon, in Vers la dormeuse aux yeux clairs, dans Fresque peinte sur un mur obscur.

Mar 13, 20132 notes


La grande amour que vous m’aviez donnée

Le vent des jours a rompu ses rayons-

Où fut la flamme, où fut la destinée
Où nous étions, où par la main serrée

Nous nous tenions

Mais le futur dont vous attendez vivre
Est moins présent que le bien disparu.
Toute vendange à la fin qu’il vous livre
Vous la boirez sans pouvoir être qu’

IVRE DU VIN PERDU.

Catherine Pozzi, dans son JOURNAL DE JEUNESSE, lettres adressées à Paul VALERY.

Ce poème “Vale” qu’elle écrivit et souhaita ne voir publié qu’après sa mort fut composé en 1926, et préfigure sa rupture avec Paul Valéry.

Mar 4, 20131 note

Heureux celui qui devient sourd
Au chant s’il n’est de son amour
Aveugle au jour d’après son jour
Ses yeux sur toi seule fermés

Heureux celui qui meurt d’aimer

Louis ARAGON.

Pour mon loup, qui aime tant Aragon.

Mar 4, 20132 notes
Mar 4, 20138 notes

février 2013

6 billets

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Feb 15, 20132 notes
Poèmes à Lou

Dans le crépuscule fané

Où plusieurs amours se bousculent

Ton souvenir gît enchaîné

Loin de nos ombres qui reculent

Ô mains qu’enchaîne la mémoire

Et brûlantes comme un bûcher

Où le dernier des phénix noire

Perfection vient se jucher

La chaîne s’use maille à maille

Ton souvenir riant de nous

S’enfuir l’entends-tu qui nous raille

Et je retombe à tes genoux

Le soir tombe et dans le jardin

Elles racontent des histoires

À la nuit qui non sans dédain

Répand leurs chevelures noires

Petits enfants petits enfants

Vos ailes se sont envolées

Mais rose toi qui te défends

Perds tes odeurs inégalées

Car voici l’heure du larcin

De plumes de fleurs et de tresses

Cueillez le jet d’eau du bassin

Dont les roses sont les maîtresses

Ô ma jeunesse abandonnée

Comme une guirlande fanée

Voici que s’en vient la saison

Et des dédains et du soupçon

Le paysage est fait de toiles

Il coule un faux fleuve de sang

Et sous l’arbre fleuri d’étoiles

Un clown est l’unique passant

Un froid rayon poudroie et joue

Sur les décors et sur ta joue

Un coup de revolver un cri

Dans l’ombre un portrait a souri

La vitre du cadre est brisée

Un air qu’on ne peut définir

Hésite entre son et pensée

Entre avenir et souvenir

Ô ma jeunesse abandonnée

Comme une guirlande fanée

Voici que s’en vient la saison

Des regrets et de la raison

Apollinaire

Feb 14, 20133 notes
Feb 14, 20132 notes

…

C’est qu’hélas ! le hideux cauchemar qui me hante

N’a pas de trêve et va furieux, fou, jaloux,

Se multipliant comme un cortège de loups

Et se pendant après mon sort qu’il ensanglante !

…

Verlaine

Feb 7, 20132 notes

- Tu m’aimes ?
- Je t’aime.
- Tu m’aimes vraiment ?
- Je t’aime vraiment.
- Tu n’aimes que moi ?
- Je n’aime que toi.
- Tu es toute à moi ?
- Toute à toi.

Des choses qui se disent entre un homme et une femme. Même quand ceux-ci ont assez vécu pour savoir qu’elles ne signifient rien, que ces mots ont été dits déjà des milliers de fois. Et que, même si elles sont vraies, de telles paroles sont faites seulement pour la nuit où elles se perdent.

P. Forest.

Feb 6, 20138 notes
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Feb 6, 2013

janvier 2013

10 billets

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Jan 31, 20131 note
Jan 30, 20131 note
“

Donne-moi tes mains pour l’inquiétude
Donne-moi tes mains dont j’ai tant rêvé
Dont j’ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi tes mains que je sois sauvé

Lorsque je les prends à mon pauvre piège
De paume et de peur de hâte et d’émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fond de partout dans mes mains à moi

Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Ce qui me bouleverse et qui m’envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j’ai trahi quand j’ai tresailli

Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d’aimer qui n’a pas de mots

Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D’une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d’inconnu

Donne-moi tes mains que mon coeur s’y forme
S’y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.

”
—Louis Aragon - Les mains d’Elsa
Jan 30, 20134 notes
“Et puisque l’homme mord son rêve
jusqu’au sang
aimons-nous c’est renaître.”
—

Jean-Pierre Siméon. Tu sais qu’il existe trente exemplaires de l’édition originale (2005) de Lettre à la femme aimée au sujet de la mort, sur Rives, accompagné d’une linogravure de C. Stassart-Springer et d’un poème manuscrit ? Pour seulement 150€…. Hiiiii

Je te retrouve bien là… Ma petite voleuse qui aime les éditions rares…

Kiss U

Jan 30, 20131 note
Jan 28, 2013341 notes
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Jan 25, 2013

Le ptit Lou s’ébattait dans un joli parterre 

Où poussait la fleur rare et d’autres fleurs itou 

Et Lou cueillait les fleurs qui se laissaient bien faire 

Mais distraite pourtant elle en semait partout 

Et perdait ce qu’elle aime

Morale

On est bête quand on sème

Apollinaire

Jan 24, 20131 note

Toute vie est un paysage
tout amour sa rivière possible
et puisse être la mort
cette chemise d’eau qui glisse du bras
après la nage
et que soit la tristesse
cette lumière répandue dans l’herbe
qui fera le soir venu
un autre ciel à la mémoire.

- Lettres à la femme aimée… - JP. Siméon.

Jan 8, 20133 notes

- Qu’ont-ils fait, papa
Qu’ont-ils fait de leurs mains
De plumes ?
- Envolées, mon garçon
Envolées dans le vent !

- Qu’ont-ils fait, papa
Qu’ont-ils fait de leurs yeux si doux ?
- Perdus, mon garçon,
perdus dans la nuit !

- Qu’ont-ils fait, papa
Qu’ont-ils fait du ruisseau de leur joie ?
- oublié, mon garçon, jeté dans le fossé !

- Qu’ont-ils fait, papa
qu’ont-ils fait des mots
de leurs poèmes ?
- J’ai bien peur, mon garçon,
qu’ils ne les aiment plus.

- A l’aube du buisson - JP. Sméon.

Jan 8, 20132 notes
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Jan 7, 20134 notes

décembre 2012

4 billets

La Confiance avec Christian Bobin → franceculture.fr
Dec 27, 20121 note

“Aimons-nous c’est l’heure
Puisque nous passerons comme un matin
Dans la confusion des nuages”

J-P. Siméon.

Dec 27, 20126 notes
Dec 10, 20122 notes
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Dec 6, 2012

novembre 2012

4 billets

Nov 30, 2012
Nov 26, 20121 note
Nov 14, 2012476 notes
Nov 5, 2012

octobre 2012

18 billets

Aux encres des Amours -Saez-

Toi tu dis fuis moi je te suis
moi je dis suis moi je te fuis
si cet écrit s’arrête ici
oui nos amours, mélancolie
devant la porte des adieux
moi je soupire toi t’es sourire
en secret mon cœur amoureux
fais moi l’amour mais sans le dire
toi tu disais prends garde à toi
nos comédies virent au tragique
si l’amour est un opéra
c’est parce qu’il doit rester comique
pas de ces stupides béantes
pour se montrer comment qu’on s’aime
faut des sourires en déferlantes
y a trop d’amour dans les je t’aime
aux encres des amours
les navires se déchirent
on croit qu’on s’aimera toujours
avant de voir l’autre partir
avant de voir l’autre s’enfuir
dans les bras d’un autre navire
mon amour tu sais que j’ai beau fuir
mon amour je t’aime à mourir

toi tu dis fuis moi je te suis
moi je dis suis moi je te fuis
si nos destins se séparent ici
oui nos sourires, mélancolie
si c’est notre dernier tango
si c’est notre dernier soupir
puis si c’est notre dernier mot
fais moi l’amour mais sans le dire
toi tu disais prends garde à toi
y a des couteaux dans nos sourires
si l’amour est un opéra
si se conjuguer c’est s’écrire
que reste-t-il des imparfaits
de nos présents, de nos futurs
sous le pont-neuf les corps de ceux
qui recherchaient une aventure

quand elle m’a crié la sentence
je crois que j’ai pas bien compris
mes pulsations en longs silences
nos respirations en sursis
ecrites aux encres des amours
y a des rasoirs sur les velours
qui sous le pli de la tendresse
nous rappellent à ceux qui nous laissent
aux encres des amours
mais nos amours ont jeté l’ancre
on croit qu’on s’aimera toujours
mais toujours en condoléances
s’écriront les derniers voyages
de ceux qui s’y sont vus trop grands
de ce navire gonflant la liste
des disparus des océans

aux encres de amours
les navires se déchirent
on croit qu’on s’aimera toujours
avant de voir l’autre partir
avant de voir l’autre s’enfuir
dans les bras d’un autre navire
mon amour tu sais j’ai beau fuir
mon amour je t’aime à mourir

amour je t’en prie reviens moi
toi qui sait faire mes yeux sanglots
puis si mon cœur en a dit trop
puis si l’amour est un fardeau
toi tu dis fuis moi je te suis
et moi je suis triste sans toi
et moi je suis le triste mort
là tout seul dans mon opéra
allez tue moi mon amour
allez tue moi qu’on en finisse
mets le couteau dans le velours
allez fais moi de ces sévices
laisse moi mourant sur le sol
puis s’il faut rendre l’amour folle
laisse moi ivre mort d’amour
pour s’aimer comme au dernier jour
allez tue moi mon amour
allez tue moi qu’on en finisse
mets le couteau dans le velours
allez fais moi de ces sévices
allez tue moi mon amour
oui mon amour allez tue moi
oui mon amour allez tue moi
allez tue moi

Oct 26, 20121 note
L'interruption

Les pensées anciennes sont des virus, elles exterminent silencieusment des milliards de particules de poésie, de philosophie, des sociétés d’aphorismes en voie de constitution, des peuples d’intuitions sauvages.
Dans les collèges, les lycées, les institutions culturelles, dans les média, dans ces hôpitaux du savoir, agonisent et meurent de ces maladies nosocomiales que sont les pensées anciennes, les génies, les inventeurs, les insensés.

Comment faire?
Susciter en tous domaines
la venue d’une INTERRUPTION.

Provoque une PANNE.

Que naisse et se prolonge une immense hésitation
Des consciences,
que s’ouvre et s’agrandisse à l’infini un gouffre
entre toutes les activités,
qu’aucun évènements ne soit désormais
voisin d’un autre événement
Chacun rôdant seul jour et nuit dans un un monde
inédit privé de continuité
qu’apparaisse, fragile puis infra cassable,
dans le silence enfin régnant,
la parole innocente qui se jouera de tout.

Ces lignes ne sont pas des incantations
ni de nouvelles superstitions,
elles se veulent paroles sages,
elles viennent à vous dans un souci de précision:
Où allons-nous? nous allons à l’abîme.
Cette précision ne peut être que désespérante:
nous n’éviterons pas l’abîme.
Impossible!
Mais encore?
Hé bien oui, nous sommes en vie encore.
Nous voulons nous donner de nouvelles cités
et des communautés à venir après l’interruption,
au delà de l’abîme.

M.B. revue l’Impossible, n°6, juillet 2012.

Oct 23, 20122 notes
Où allons-nous?

Où allons-nous?
Les poètes, les artistes, les philosophes
inspirés, les savants sincères, les intelligences
exaspérées le savent:
à l’abîme.
Mais, depuis nos origines, durant des siècles,
les religions, surtout les trois grandes religions
monothéistes, ont anesthésié la folie primitive
de penser qui existe en chacun de nous.
Ainsi la réponse sensée “nous allons à l’abîme”
excédait nos vocabulaires, nos conversations
imaginables, peut-être même nos si tragiques
monologues secrets.
Nous n’allions nulle part qui ne soit
un lieu habitable.
Voici venir à nous le temps des convulsions.

L’esprit le plus normal,
par exemple celui d’un homme politique,
le ressent, le sait, s’en effraie:
nous allons à l’abîme.

Pourtant,
nous vivons
et même, nous sommes vivants.
En vie encore.
Or le vivant défie tout,
il défie le destin, il défie le pronostic,
il défie Dieu.

Le vivant, celui qui tente l’Impossible.
En vie encore,
nous tentons l’Impossible.

Nous n’éviterons pas l’abîme.
Mais nous voulons imaginer puis créer au delà
de l’abîme proche,
affreusement proche,
les communautés, les cités
d’une autre présence sur terre,
une autre façon d’habiter ici,
une autre manière de passer le temps
de nos vies sur terre.

Michel Butel, Directeur de l’excellente revue presse L’Impossible, n°6, juillet 2012.

Oct 23, 20122 notes
Oct 21, 2012
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Oct 19, 2012
Oct 18, 20121 note
Oct 17, 2012
Oct 17, 20123 notes
Oct 17, 2012

À celui qui prétendait que vivre est un mal, Diogène répliqua : “Non pas vivre, mais mal vivre.”

Les cyniques grecs

Oct 17, 20122 notes

…

Candy came from out on the Island

In the back room she was everybody’s darling

But she never lost her head

Even when she was giving head

She says, “Hey, babe

Take a walk on the wild side

…

Un vieux Lou, on the wild side…

Oct 16, 2012

De l’enfant que j’étais, on a pu dire qu’il était “compliqué”. Je pense plutôt qu’il est très “compliqué” de devenir soi-même quand la sacro-sainte norme nous souhaiterait tous identiques ; ça, je l’ai su très tôt. Le métier de vivre, ce n’est sans doute pas autre chose que ça : accepter sa liberté et, si tant est qu’elle ne nuise à personne, l’imposer sauvagement, obstinément, en serrant les dents tout d’abord, puis un grand sourire aux lèvres in fine. Cela prend sans doute toute une vie.

Alors, maintenant, que la lutte soit belle.

Arnaud Cathrine

Oct 16, 20122 notes
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Oct 11, 2012

Tard dans la vie 

Je suis dur 

Je suis tendre 

Et j’ai perdu mon temps 

A rêver sans dormir 

A dormir en marchant 

Partout où j’ai passé 

J’ai trouvé mon absence 

Je ne suis nulle part 

Excepté le néant 

Mais je porte caché au plus haut des entrailles 

A la place où la foudre a frappé trop souvent 

Un coeur où chaque mot a laissé son entaille 

Et d’où ma vie s’égoutte au moindre mouvement. 

Pierre Reverdy 

Déjà publié, qu’importe ! retrouvant en chemin l’absence…

Oct 11, 20121 note
Edouard Levé - Suicide

Très chers Auguste et Camille,

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai découvert votre dernier post ainsi que le petit message qui m’était adressé.

Puisque vous m’invitez à récidiver, je tente cette fois de vous faire (re ?)découvrir un texte bien moins joyeux. Il s’agit des premières pages du livre “Suicide”. Edouard Levé en a remis le manuscrit à son éditeur trois jours avant de se donner la mort. Impossible de lire ce livre sans y songer sans se demander à quoi pouvait bien penser Edouard Levé quand il l’a écrit.

Florent Marchet a mis ce texte en musique pour sa participation à Fantaisie Littéraire. A écouter ici : http://www.youtube.com/watch?v=LxpPgkSWzZI

 A bientôt pour de nouvelles suggestions ! :)

Antoine, 

Je dois avouer que lorsque j’ai lu le texte que vous nous proposiez, je me suis sentie vraiment mal à l’aise, non pas que cela me ramène à des souvenirs personnels, mais sans doute pour la tristesse douloureuse qu’il dégageait à un moment où je ne pouvais l’accueillir. Ma première réaction fut alors de le refuser sur notre tumblr. J’en parlait à Auguste qui ne m’encourageait alors pas plus à le publier.

Mais j’y ai pensé, pendant plusieurs jours, en me disant que je n’aimais pas plus la censure, que sans doute, le manque d’ouverture d’esprit dont j’ai pu faire preuve ce jour là. Aujourd’hui je le publie donc, étant moi-même une régulière des Correspondances de Manosque, je ne peux me résoudre à le jeter aux oubliettes. And by the way, festival littéraire que je recommande vivement à tous les amoureux des mots. 

Merci pour toutes vos suggestions Antoine. Et nous nous excusons encore du temps qu’il nous faut pour vous répondre. 

Bien à vous, Auguste et Camille.

Fantaisie littéraire est née à l’occasion du festival littéraire «Les Correspondances de Manosque» qui croise depuis dix ans les voix des écrivains contemporains avec celles de la nouvelles scène de la chanson française. Avant ou après leur participation au festival, certains chanteurs ont fait du mariage entre littérature et musique des projets discographiques à part entière. Pour Fantaisie littéraire, ils sont dix-sept à avoir créé une lecture musicale à partir d’un livre de leur choix. Dix-sept à nous expliquer, dans des textes très personnels, le choix de l’écrivain qu’ils ont mis en musique et leur rapport à la littérature. Dix-sept couples artistiques pour des créations inédites et autant de rencontres qui ne tiennent pas du hasard.

Commentaire sur le site Amazon. 

Oct 10, 2012

(…) Ils en ont de bonnes ceux
Qui parlent de l’amour comme d’une histoire de cousine
Ah merde pour tout ce faux-semblant
Sais-tu quand cela devient vraiment une histoire
L’amour
Sais-tu
Quand toute respiration tourne à la tragédie
Quand les couleurs du jour sont ce que les fait un rire
Un air une ombre d’ombre un nom jeté
Que tout brûle et qu’on sait au fond
Que tout brûle
Et qu’on dit Que tout brûle
Et le ciel a le goût du sable dispersé
L’amour salauds l’amour pour vous
C’est d’arriver à coucher ensemble
D’arriver
Et après Ha ha tout l’amour est dans ce
Et après
Nous arrivons à parler de ce que c’est que de
Coucher ensemble pendant des années
Entendez-vous
Pendant des années
Pareilles à des voiles marines qui tombent
Sur le pont d’un navire chargé de pestiférés
Dans un film que j’ai vu récemment
Une à une
La rose blanche meurt comme la rose rouge
Qu’est-ce donc qui m’émeut à un pareil point
Dans ces derniers mots
Le mot dernier peut-être mot en qui
Tout est atroce atrocement irréparable
Et déchirant Mot panthère Mot électrique
Chaise
Le dernier mot d’amour imaginez-vous ça
Et le dernier baiser et la dernière
Nonchalance
Et le dernier sommeil Tiens c’est drôle
Je pensais simplement à la dernière nuit
Ah tout prend ce sens abominable
Je voulais dire les derniers instants
Les derniers adieux le dernier soupir
Le dernier regard
L’horreur l’horreur l’horreur
Pendant des années l’horreur
Crachons veux-tu bien
Sur ce que nous avons aimé ensemble
Crachons sur l’amour
Sur nos lits défaits
Sur notre silence et sur les mots balbutiés
Sur les étoiles fussent-elles
Tes yeux
Sur le soleil fût-il
Tes dents
Sur l’éternité fût-elle
Ta bouche
Et sur notre amour
Fût-il
Ton amour
Crachons veux-tu bien

Louis ARAGON Extrait de - A crier sur les ruines -  dans La grande gaieté (1929). 

Oct 10, 20124 notes
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